Je sors des cours à 3 heures. Après un bref squattage devant la faculté de Pharma, je me dirige vers le tram puis vers le bus puis vers mon studio. Je m'approche de la porte, insère la clé dans la fente quand
Glouuuuu (seule traduction littérale possible pour un estomac qui crie famine)
Intrigué, j'enlève la clé, puis la réinsère et tourne. Rien... Tant pis me dis-je, j'ouvre la porte, pénètre dans le studio quand
GlouOUOUOU (estomac au bord du suicide)
J'en déduis qu'il est nécessaire de me restaurer. Ni une ni deux, je tire la poignée du réfrigérateur quand... OH Malheur ! Le vide interstellaire. A vrai dire, pas tout à fait : un oeuf périmé depuis 3 mois, de l'eau et des cours de Physique. On se demande ce que cette bouteille d'eau fait là. Ce truc au niveau de mon ventre se faisant de plus en plus bruyant, je me dois de trouver une solution. De plus, des gouttelettes se forment au niveau de mon front, des cernes sous mes yeux ; je suis en hypoglycémie.
Vite, vite, quelque chose à se mettre sous la dent, n'importe quoi, même quelque chose d'inmangeable ou dégueulasse... C'est là que je pense à mon ami S_fy_n (censuré) qui habite pas très loin.
Je me presse, arrive devant sa porte et tocque. Le néant. Je réitère mon essai, toujours rien. Je bombarde la porte à coups de pieds, de poings, de tête, de Akiff. Silence des carpates. Je réfléchis quelques minutes et déduis qu'il n'est pas là.
De là s'offre à mon problème plusieurs solutions :
- Solution A : Je braque une banque. En passant je menace un employé qui était en train de savourer son sandwich merguez-sauce barbecue et lui rackette son déjeuner. Je prétexte une envie pressante pour m'échapper de cette situation et cours me cacher dans le local à poubelles pour ingurgiter mon trophée.
x Impossible : Selon les statistiques, les sandwichs merguez-sauce barbecue consommés par les employés de banque sont à 99,9% non-hallal. Pour le 0,01% qui reste, ça risque pas de m'emplir la panse.
- Solution B : Je me dirige vers le kébabiste le plus proche, et lui propose de m'offrir ses sévices contre une somme modérée. Je commande un daunaire (döner de son vrai nom) sauce blanche sans oignon silvouplait. 23 secondes plus tard je dévore le plat sans oublier de récompenser grassement le moustachu ayant préparé mon repas.
x Trop dangereux : Le kébabiste le plus proche se nomme "le Morfal" (avec la faute d'orthographe oui). Rien que d'entrer dans son cabinet me donne envie de dégurgiter le rien qui squatte le fond de mon estomac, et sa sauce blanche est trop blanche à mon humble avis.
- Solution C : Je cours vers le MacDo de l'Esplanade, commande un filet-o-fish et me casse ni vu ni connu.
v Réalisable : Faire attention aux voitures en traversant la route tout de même.
Me voilà donc au MacDo de l'Esplanade. Comme d'habitude à cette heure il y a une file d'attente de 0 personne. Je suis donc le premier. Je m'avance vers la serveuse. Mes yeux cernés et mon air ébahi trahissent mon besoin urgent de nourriture, si bien que la serveuse prend les devants et dit : "Votre commande s'il vous plaît merci au revoir" d'un ton monocorde.
"Heu un menu Best Of avec Fish et Coca et Frites sivouplait. Heu oubliez pas la sauce sivouplait.", d'un air pitiétoire (qui fait pitié).
"Sur place ou à emporter" surenchérit-elle.
"Tu m'as vu bouffer tout seul dans ton fast-food de merde, connasse ?" sort une voix dans ma tête.
"Heu à emporter heu sivouplait" sort une voix dans ma bouche.
Je sors du Fast-Food de merde. Bizarrement, les rues ont changé... Une poussière jaune se diffuse dans l'allée comme dans un vieux western, et les gens marchent au ralenti en me dévisageant. Un vieillard est à deux doigts de m'atteindre d'un crachat verdâtre puis murmure: "Excuse moi, jeunôt..." d'un air nonchalant. J'en suis sûr maintenant, tous les regards convergent vers un point, celui-ci se situe à l'extrémité de ma main droite où se trouve le carton floqué du logo "C'est tout ce que j'aime"... Un enfant se dirige vers moi quand sa mère l'agrippe par la bras en criant : "Ne t'approche pas de ça !".
Est-ce la réalité ou une fiction débile ? La paranoïa d'un étudiant ayant participé aux profits des Méchants Américains Qui Violent Et Tuent ou tout simplement... Ce qu'il mérite ?
Je me presse maintenant, je transpire, je souffre, je meurs et mon estomac gronde de plus belle quand j'entends une voix au loin :
"Vendu, va !"
Je me retourne soudainement... Rien, il n'y a que le vent. Celui-ci semble me murmurer le nombre de morts en Irak aujourd'hui, le nombre d'obèses dépassant le nombre le mal-nourris, le nombre de victimes du SIDA en Afrique qui ne peuvent pas se soigner à un prix correct à cause de sociétés pharmaceutiques américaines ne cédant pas "leur" brevet, préférant un déficit humain à un déficit de profit...
J'arrive enfin devant ma porte. Je tremble maintenant, je suis tellement excité que je n'arrive pas à coincider la clé avec la serrure. Quelques secondes de concentration, j'enfonce la clé, la tourne, ouvre la porte et la referme si violemment que je manque de me coincer les doigts.
Enfin seul avec mon Graal, mon trésor ! J'en suis à la fois terrifié et impatient... Dernière précaution, je ferme les rideaux, de peur que des indiscrets m'espionnent, malgré le fait que je loge au 7ème étage.
Je l'ai entre mes mains... Je tire délicatement sur le sachet, puis celui-ci ne cédant pas, un peu plus fort. Puis de plus en plus fort, je tire, je gronde, je peste, j'arrache, je jette, je hurle et j'ouvre !! le paquet.
Je baisse la tête pour observer le contenu.
Je relève les yeux vers la caméra, d'un air : "Oh, non, c'est pas vrai..."
Zoom sur le contenu.
Un Fish.
Une portion de Frites.
Un Coca.
Une Paille.
Deux Serviettes.


